Un faux handicapé sur le parcours de la torche olympique? Rumeurs et explications
Les réseaux sociaux s’enflamment après la chute et le « pas » de l’athlète
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Les Paralympiques sont loin d’être une compétition pour personnes déficientes. Au cours de cet événement, l’excellence sportive et le dépassement de soi sont à l’honneur sur le terrain. L’excellence se manifeste chez des aveugles, des amputés, des paralytiques, et athlètes avec différents degrés de pathologies et de réductions motrices. Mais les préjugés sont l’obstacle le plus difficile à franchir.
Mercredi 4 mai, sur le parcours de la flamme à Anápolis, dans l’État du Goiás, l’athlète de basket-ball fauteuil João Paulo Nascimento a réalisé une manœuvre de son sport au moment du passage de la torche. Déséquilibré, il est tombé de sa chaise roulante, et a posé le pied à terre avant de se rattraper avec la main.
La scène, ordinaire pour ceux qui suivent les sports paralympiques, en particulier le basket-ball fauteuil, un sport dans lequel les athlètes tombent très souvent, a suscité des réactions très hostiles sur les réseaux sociaux. Au vu des nombreux commentaires accusant João Paulo d’être un « faux handicapé », il apparaît clairement que peu de gens savent que la majorité des personnes en chaise roulante ne sont pas nécessairement paraplégiques ou amputés.
La vidéo ce ce moment:
https://www.youtube.com/watch?v=srrfMU8e9XI
De fait, Nascimento n’est pas paraplégique. Depuis ses 20 ans, le diagnostic a été établi : une malformation des genoux qui l’empêche d’aligner ses jambes. Même s’il peut contrôler les mouvements de ses membres inférieurs, il utilise une chaise roulants pour pratique son activité sportive. « Oui, je suis déficient physique, mais avec un handicap léger. Je n’utilise pas la chaise roulante au quotidien, mais courir ou rester longtemps debout est impossible », raconte l’athlète.
« Beaucoup de pathologies nécessitent l’usage d’une chaise roulante, alors que la personne peut se déplacer sans, cela n’a rien d’étonnant. Par exemple, tous les athlètes qui ne tiennent pas sur leurs jambes peuvent jouer au tennis fauteuil », résume Guilherme Lopes, professeur d’éducation physique, qui travaille avec les athlètes paralympiques depuis 2003.
Droit de réponse sur les réseaux sociaux
Face à l’ampleur des réactions négatives après la publication de la vidéo, João Paulo a expliqué que son geste n’avait rien d’un « miracle ». Son message a été vu près de 300 000 fois.

« Jai voulu montrer au public cette manœuvre et partager cela avec les Brésiliens. Je suis triste de lire ces commentaires malveillants. Mais conduire la torche restera pour moi un moment très fort », décrit-il.
Le témoignage de Patricia Côrtez, 24 ans, analiste de médias sociaux pour Rio 2016, a été important dans le débat. Sur sa page Facebook, elle a partagé son expérience et raconté les préjugés vécus par les personnes en fauteuil.

« Je suis porteuse de déficience depuis ma naissance, et j’utilise une chaise roulante depuis que j’ai 14 ans. Mais comme vous le voyez sur la photo, je ne suis pas non plus statique, chaque personne handicappée a une histoire propre, mais nous ne sommes pas tous des légumes, des pauvres victimes vivant une misérable existence », écrit-elle. Son message a été partagé 40 000 fois, et repris par le site « Razões para acreditar » (qui répertorie les initiatives militantes positives) avec le titre : « si vous aussi avez partagé cette vidéo de la chute de l’athlète, vous auriez pu d’abord vous renseigner ».
Réactions parmi les athlètes paralympiques
Les sportifs ont aussi uni leurs voix pour lutter contre les idées reçues conte lesquelles ils doivent lutter quotidiennement. Selon Natália Mayara, joueuse de tennis fauteuil et relayeuse de la torche paralympique « malheureusement, seuls les personnes qui suivent les jeux Paralympiques connaissent la diversité du handicap. J’espère que les Jeux au Brésil vont contribuer à faire avancer ce débat », a déclaré Natália, amputée des deux jambes après avoir été renversée par une voiture quand elle avait deux ans. Elle est aujourd’hui la brésilienne la mieux classée dans son sport, le tennis fauteuil.
« Je souffre de séquelles liées à la poliomyélite à la jambe droite, mais l’autre fonctionne parfaitement bien, et je travaille beaucoup pour compenser. Et je peux ovus assurer que si je tombais, j’aurais le même reflexe que João Paulo : poser le pied par terre », a expliqué Márcia Menezes, championne de développé-couché, elle aussi choquée par la répercussion de cet incident sur Internet.
« La société imagine que la chaise roulante est une réduction des capacités motrices. En fait, c’est l’inverse, c’est un outil pour aider à se déplacer, tout le monde peut l’utiliser à un certain moment de sa vie », complète le professeur Guilherme Lopes.
Márcia Menezes, première Brésilienne à décrocher une médaille aux mondiaux d’haltérophilie partage le même avis. « Je n’ai commencé à utiliser une chaise roulante qu’en 2011, quand j’ai perçu lors d’une compétition internationale que je dépensais beaucoup d’énergie pour me déplacer. Depuis que je sais m’en servir, je me sens nettement mieux. À la maison, je ne l'utilise pas, mais pour les distances plus longues, je ne sors qu’en chaise roulante », explique l’athlète.
Même s’il n’a pas de handicap, le joueur de tennis Bruno Soares a joué contre Natália Mayara pendant l’événement test de Rio 2016.
Jeux Paralympiques et classifications
Avec des critères spécifiques pour chacune des modalités, les athlètes des Jeux Paralympiques passent par des évaluations physiques et techniques, contrôlées par les fédérations internationales.
Il existe 5 catégories de handicap : les amputés, les déficients visuels, les informes moteurs cérébraux, les athlètes en fauteuil et Les Autres. Pour chaque groupe, une grille définit le degré d’infirmité.