Applications Rio 2016

Approfondissez votre expériences des Jeux.

Téléchargement (disponible en anglais)
Qui supportez-vous?

Qui supportez-vous?

Choisissez vos athlètes, équipes, sports et pays favoris en cliquant sur les boutons correspondant aux noms

Note: Les configurations de favoris sont enregistrées sur votre ordinateur au moyen de Cookies Si vous désirez les conserver, n'effacez pas votre historique de navigation

Veuillez configurer vos préférences

Vérifiez que vos préférences sont configurées. Vous pourrez les modifier à tout moment

Voir plus

Les calendriers seront présentés dans ce fuseau horaire

Voir plus
Contraste
Couleurs originales Couleurs originales Contraste élevé Contraste élevé
Voir toutes les ressources d'accessibilité
Un monde nouveau

Manu Dibango: Nous sommes tous "le différent" de quelqu'un

Par Marie Naudascher / Rio 2016

Entretien avec le Grand témoin de la Francophonie pour les Jeux Rio 2016

Manu Dibango: Nous sommes tous "le différent" de quelqu'un

Votre mission est de promouvoir le Français pendant les Jeux Rio 2016. Vous avez rendu visite aux athlètes francophones au Village pendant les Jeux Olympiques. Trois semaines après, à quelques heures de la cérémonie d’ouverture des Jeux Paralympiques, quel regard portez vous sur votre rôle pendant les prochains jours?

Tout d’abord, le français est langue officielle des Jeux Olympiques, mais n’est pas obligatoire pendant les Paralympiques car c’est un héritage des Anglais. Mais pour moi, les champions paralympiques sont encore plus héroïques que les athlètes olympiques. Le but est toujours le même, trouver sa place sur un podium, mais le chemin est différent. C’est une leçon de courage pour tout le monde.

Quelle expérience avez vous du handicap ?

J’ai travaillé avec plusieurs handicapés dans ma carrière de musicien. Chacun à un moment est confronté au handicap. Vu la longueur de ma vie (NDLR : né à Douala en 1933, Manu Dibango fêtera cette année ses 83 ans), forcément c’est une question à laquelle je suis sensible.

Quand vous voyez un albinos en Afrique, ca dérange les gens, car il n’est pas comme vous. Qui n’est pas comme l’autre ? Qui est différent ? Par rapport à qui, à quoi ? 

Nous sommes en plein dans ces problématiques dans la vie courante. Des musulmans, chrétiens, juifs. Comment tout ce monde vit ensemble ? Dans un village olympique par exemple, le vivre ensemble s’organise pour une période courte. Comment mangent-ils tous au même endroit ? Le handicap est la différence la plus visible, mais nous sommes tous « différent de quelqu’un ».

Comme jazzman, j’ai déjà joué avec l’orchestre Benda bilili signifie « regarde au-delà des apparences ». Ce sont des musiciens handicapés, originaires de Kinshasa, en République Démocratique du Congo, ils sont très connus, il y a même un film sur eux.

Dans votre pays d’origine, le Cameroun, le français et l’anglais sont langues officielles, aux côtés de plus de 240 langues régionales. Défendre le français est-il une évidence pour vous ? 

Dès le départ, on vit la différence. Notre pays est une mosaïque de langues. Beaucoup de sang a été versé pour que nous parlions une même langue. Dans un pays colonisé, on apprend la langue du colon, en l’occurrence le français. Enfant né avant 1960, c’était pour moi naturel d’apprendre le français à l’ « école des blancs », alors qu’à la maison, on parlait le douala. Mais avant les Français, nous étions colonisés par les Allemands.

À quinze ans, j’ai eu la chance que mes parents m’envoient en France pour mes études. Après 1960 et les indépendances j’ai décidé de prendre aussi la nationalité camerounaise. Je suis multilingue, je parle aussi espagnol, le pidgin qu’on parle jusqu’en Jamaïque, une sorte d’esperanto, qui mélange l’anglais, le français, le créole... Le bilinguisme est une richesse et on est plus nombreux à se comprendre. Quand on est près de 300 millions à parler français dans le monde, ce n’est pas anodin.

La francophonie, n’est elle pas trop dépendante de la France ?

Il faut éviter de tout mettre sur le dos de la France. Elle fait partie de la francophonie. Il n’y a pas que les Français qui existent, il y a du monde dans la francophonie ! Les 80 États et gouvernements de l’OIF totalisent un milliard d’habitants, soit 16 % de la population mondiale. C’est aussi la 5e langue la plus parlée au monde.

Pendant les Jeux Olympiques, l’ONU déclare une trêve pour favoriser la paix, suivant la tradition des jeux de l’antiquité, qui permettait aux athlètes de rejoindre Olympe. Quel sens a ce message à vos yeux ?

Les Jeux sont un moment pour magnifier l’effort humain et la fraternité. Ce ne sont pas des combats, mais une fête du corps et de l’esprit. Et comme dans n’importe quelle fête, on laisse les armes de côté, quelles qu’elles soient. Mais une bonne partie continue les guerres, malheureusement, mais dans ces pays, ils parlent néanmoins des médailles et des victoires sportives.

Pour préparer votre mission olympique, vous êtes venu à Rio de Janeiro en novembre 2015, afin de signer l’accord de promotion de la langue française avec Rio 2016, puis en mars 2016 à l’occasion de la Journée de la Francophonie. « Qui vient ici et ferme les yeux pourrait se croire en Afrique », avez-vous déclaré à la feira das Yabas (marché africain de Rio) à Madureira, dans la zone Nord.

Pour moi le lien entre l’Afrique et le Brésil a été bien résumé à la cérémonie d’ouverture le 5 août dernier. Les esclaves africains ont eu un rôle important, que l’on voit encore aujourd’hui quand on observe les visages des Brésiliens notamment à Salvador de Bahia, où j’ai déjà donné des concerts.

Au Jardin Botanique, en mars dernier vous avez planté un manguier, originaire d’Asie et importé en Afrique et au Brésil par les Portugais. Est-ce un pays qui vous marque en tant que musicien ?

C’est une musique qui a du tempérament, un mélange qui fonctionne, par sa richesse, au delà de la samba et de la bossa nova, il y a de grands compositeurs. Le rythme visible et invisible du Brésil me touche. C’est la grande musique épicée.  

Cet arbre est un « symbole d’union entre le Brésil et les 80 Etats francophones », annonce la plaque.

(Photo : Alex Ferro/ Rio 2016)

C’est la première fois que l’Organisation de la Francophonie choisit un musicien et un africain pour être Grand Témoin. Est-ce lié à la musicalité, omniprésente au Brésil ?

Je suis observateur, tout en étant acteur du côté culturel. On organise des concerts, comme au Club France pendant les Jeux Olympiques, ou après-demain, le 9 septembre à la Casa Suiça. Je vais défendre le Jazz, avec un orchestre brésilien. Avec notre diversité, nous pouvons donner du relief à la musique. Par exemple, au concert « Jouons la diversité » organisé par de l’OIF le 10 août à la Cité de la Musique, à Barra da Tijuca, Di Falco a interprété Carmen alors que c’est une femme !

(NDLR : le 10 août 2016, l’OIF organise un grand concert de la Diversité avec l’Orchestre National du Brésil dirigé par Lee Mills, Ray Léma et Fabrice Di Falco.)

Avant de quitter RIo de Janeiro, Manu Dibango offre un concert à la Maison de la Suisse avec un groupe franco-suiço-brésilien. 

(Photo: Rafael Campos/ Baixo Suiça)

Quand il s’agit de parler de votre musique, vous renvoyez toujours au collectif comme on dit dans le sport, à votre orchestre. Quand on évoque l’hymne de la Francophonie composée à l’occasion des Jeux, vous corrigez : « ce sont les Jeunes qui l’ont composé, pas moi ». Transmettre est-il important pour vous ?

C’est essentiel ! Je fais ça tous les jours. Mon orchestre est une école qui ne dit pas son nom. Le jour où un musicien n’est pas là, il faut former son remplaçants pour ne pas troubler la bonne marche de l’orchestre. La transmission se fait automatiquement.

Pour aller plus loin, et en musique :

Dans cet extrait du concert du 10 août,  Ray Lema chante Nougaro, et Carmen est interprétée par Fabrice Di Falco, une voix masculine.

Pour la Journée de la Francophonie, en mars 2016, le saxophoniste se laisse entraîner par le percussionniste et sambiste carioca Marquinhos Oswaldo Cruz et déclare son « amour du Brésil » et des percussions afro-brésiliennes, en compagnie de la productrice Stéphanie Malherbe.

 

Le compositeur brésilien Hermeto Pascoal et Manu Dibango se sont partagé la scène de l’Espace Tom Jobim, accompagnés de l’Orchestre Cyclophonique, qui interprète ses tubes à bicyclette. 

Le chef franco-carioca Claude Troisgros, installé depuis près de quarante ans au Brésil, et connu pour son accent et ses plats lyonnais était aussi présent.