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Un monde nouveau

Manu Dibango parie sur la “magie” et sur la diversité des Jeux Rio 2016

Par Pedro Só

Légende la musique africaine, il visite la ville de Rio de Janeiro pour sceller le partenariat entre Rio 2016 et l’Organisation Internationale de la Francophonie

Manu Dibango parie sur la “magie” et sur la diversité des Jeux Rio 2016

Manu Dibango, musicien sans frontières, croit au succès des Jeux Rio 2016 (Rio 2016/Alex Ferro)

"Que le meilleur gagne !", résume le saxophoniste Manu Dibango, né à Douala, au Cameroun, il y a 82 ans. Sur la terrasse de l'hôtel dans lequel il séjourne, à Copacabana, l'auteur du succès mondial "Soul Makossa" partage son optimisme à quelques mois des Jeux Olympiques et parie sur la «magie» de la ville qui l’a enchanté en 1960 à travers le film "Orfeu Negro "de Marcel Camus (Palme d’or à Cannes en 1959 et Oscar du meilleur film étranger en 1960). "Il n’y a pas de risque zéro, mais je crois que ces Jeux Olympiques et Paralympiques seront une étape importante. La magie va opérer et le sport va dépasser tous les clivages », déclare le musicien, nommé Grand Témoin de la Francophonie pour les Jeux Olympiques de Rio.

En attendant l'inattendu avec Hermeto Pascoal

Manu Dibango, mondialement connu comme une figure légendaire de la musique africaine, mais aussi pop, funk ou jazz, a participé à un concert le jeudi 17 mars à 21h, à la Maison - Centre culturel du Consulat de France à Rio de Janeiro, avec le bassiste Arthur Maia et la chanteuse Valérie Lu. Le vendredi 18 mars, à 10 heures, il a joué avec Hermeto Pascoal et d'autres musiciens brésiliens au Jardin Botanique, pour célébrer le partenariat entre le Comité Rio 2016 et l'Organisation Internationale de la Francophonie. « Je ne sais pas quoi attendre d’Hermeto. Je connais sa musique et je sais qu'il a de cette façon particulière de jouer (il secoue les mains) mais je tiens à échanger avec des personnes d’origines différentes, avec des idées différentes. Le Brésil promeut cette diversité qui rend tout plus intéressant, que ce soit à travers la musique ou dans l’ambiance générale d'un événement sportif », se félicite le musicien.

La Samba avant la bossa nova, dans les cabarets belges

Né de parents d’ethnies différentes (son père est Yabassi, sa mère Douala), Dibango est un citoyen multiculturel. Il n'apprend le Français (que sa mère ne parle pas) qu’à l’âge de 8 ans, quand il est envoyé à « l'école des blancs ». À 15 ans, il tente sa chance en France, emportant avec lui quelques vêtements et trois kilos de café (d'où le nom de son autobiographie, "Trois kilos de Café"). Aux études, il préfère le jazz de Louis Armstrong et Sidney Bechet, devient très jeune musicien professionnel, et se produit dans les boîtes de nuit et les cabarets. "C'est à cette époque que j’ai découvert la musique brésilienne, avant même la bossa nova et le film « Orfeu Negro ». La samba, comme musique de fête, était très appréciée par les Européens," se souvient-il.

Rumba congolaise et twist de retour en Afrique

Après s’être établi à Bruxelles, en Belgique, avec le groupe Anges Noirs, il retourne en Afrique pour vivre au Congo belge (aujourd'hui République Démocratique du Congo), à l'invitation de Joseph Kabaselé, mieux connu comme Le Grand Kallé (1950-1983), père de la musique congolaise moderne. En plus de jouer avec Kallé et le groupe d’African Jazz, Manu Dibango se produit en solo, et lance un tube à succès, "Twist à Léo". «J’y suis allé passer un mois, en 1951, et je suis resté deux ans. Je voulais apprendre à jouer de la rumba congolaise. Quand je me suis intéressé à la musique jamaïcaine, j’ai enregistré un disque en Jamaïque (" Gone Clear ", 1980), avec les musiciens de là-bas. J'essaie toujours de m’associer avec les locaux ».

«La meilleure façon d'apprendre la musique d’un pays, c’est de passer du temps dans ce pays. Apprendre auprès des musiciens, écouter les accents, le rythme. Et aussi voir les gens danser, cela fait une différence »

Succès accidentel

Après la saison à Léopoldville (actuelle Kinshasa), le musicien tente de s’installer au Cameroun, mais y reste moins d’une année. Son club fait faillite et il doit recommencer sa carrière en France, comme musicien d'orchestre pour Dick Rivers, puis Nino Ferrer. Dès 1969, il reprend sa carrière en solo : les portes du continent africain s’ouvrent de nouveau. Jusqu'à ce qu’en 1972, surgisse "Soul Makossa", face B d'un disque destiné au marché camerounais, qui explose aux Etats-Unis et dans le monde entier. L'année suivante, Manu Dibango joue sur la scène de l'Olympia à Paris, puis à l'Apollo Theater, à New York, bastion des grandes idoles de la musique noire américaine.

C’est à partir de ce moment que sa carrière décolle, avec des influences très variées, de nouvelles aventures internationales (quatre années en Côte d'Ivoire, des disques avec des musiciens du Ghana et du Nigeria) et des innovations comme "Electric Africa" ​​(1985). En décembre 2015, Manu Dibango revient à l'Apollo Theater comme la star principale de l’événement « Je Suis Soul ». Mais des pop stars comme Michael Jackson et Rihanna ont déjà repris "Soul Makossa" [sans verser de droits d’auteurs à Manu Dibango, qui sera finalement indemnisé après plusieurs procédures judiciaires].

Dans l'entretien qui suit, Manu Dibango revient sur sa carrière et sur sept décennies de leçons de vie à travers la musique.  

Votre plus grand succès, "Soul Makossa" était la face B d’un disque réalisé pour encourager l’équipe de football au Cameroun. Parlez-nous un peu plus de votre histoire musicale associée au sport.

M.D : Oui, le football m'a rendu célèbre, mais pas en tant que joueur (Rires). En effet, c’était la face B d’un vinyle, un objet que peu de gens achètent aujourd’hui, les plus jeunes n’associent même plus la musique aux vinyles. La face A était la plus importante. J'ai composé l’hymne pour la huitième Coupe d'Afrique des Nations, en 1972. Nous avons perdu (le Cameroun a été battu par la République Démocratique du Congo en demi-finale et a dû se contenter de la troisième place), mais le côté B a déjoué son destin, les gens l'ont élu comme tube aux États-Unis et dans le monde entier.

Après cet échec/réussite, je n’ai plus jamais composé de musique liée au sport. J’ai préféré explorer d'autres domaines. Mais je suis passionné par divers sports. Au tennis, l’un de mes favoris, c’était ce Brésilien qui a fait une belle carrière dans les années 90, Guga. À mon goût, le tennis d’aujourd'hui est un peu trop physique, je préfère des styles plus artistiques. Mais il y a de bons joueurs, bien sûr. Et des joueuses, avec de la personnalité et beaucoup de grâce.

Comment vous sentez-vous quand on dit de vous que vous êtes le père de la musique disco?

M.D : Chaque musicien a sa vision des genres - beaucoup préfèrent ne pas penser en termes de classification. Je sais que certaines personnes disent que je suis le père de la musique disco, mais si cela est vrai, à l'époque en tout cas, je n’en avais pas conscience (Rires). Je jouais ma musique, guidé par l'émotion, par l'inspiration. Mais cette culture est arrivée, ce fut un bon moment, j’ai toujours vu beaucoup de dignité dans la musique faite pour danser.

Michael Jackson, avec "Wanna Be Startin 'Somethin'" (y compris l'album best-seller "Thriller", 1983) et Rihanna (en 2007 dans le hit "Please Do not Stop the Music") ont utilisé des extraits de « Soul Makossa » sans autorisation, mais ils ont fini par être légalement contraints de vous payer. Avez-vous reçu tout ce qu’ils vous devaient? Comment vous sentez-vous?

M.D : Bon, Rihanna n’a jamais reconnu mon crédit... Plus de vingt ans après Michael Jackson, un grand artiste que j’ai toujours respecté et admiré, il y a encore des gens qui ne me créditent pas. Ma musique est devenue une référence, mais cela ne signifie pas qu’elle n’ait pas d’auteur. Mais pour cela, nous avons des avocats. Ils travaillent pour ça (Rires). J‘ai tendance à redécouvrir ce que j'ai déjà écouté dans ma vie. Je ne suis pas très au fait de la musique des jeunes.

Comment pensez-vous que Rio de Janeiro peut contribuer à la célébration des Jeux Olympiques?

M.D : Vous savez organiser des fêtes et des compétitions. Vous avez des stades de grande envergure, comme le Maracanã, un cadre magnifique. Les choses peuvent être difficiles, mais à mesure que l’on approche de l'événement, les gens s’unissent et vibrent ensemble.

«Je veux voir les équipes brésiliennes et les athlètes africains en action. Tout le monde sera motivé. La magie va tout sublimer. »

Nous espérons que tout se passe bien, n’est-ce pas? Il n'y a pas de risque zéro. Mais je crois que ces Jeux Olympiques suivis des Jeux Paralympiques seront un point de non retour. La magie va fonctionner, comme nous l'avons vu pendant la Coupe du Monde en France en 1998. Avant cet événement, il y avait aussi des moments de crise et de grandes interrogations.

Ce seront les premiers Jeux Olympiques organisés en Amérique du Sud. Quand pensez-vous qu'un pays africain accueillera les Jeux Olympiques?

M. D : Mais nous avons déjà eu la Coupe du Monde en Afrique du Sud en 2010, un grand moment ! Je pense qu'un tel événement pourrait se produire tant en Afrique du Sud que dans d'autres pays du continent. Je suis allé aux deux Coupes du Monde des Nations africaines, à différents moments, en 1964, le nom était différent à l’époque, et en 1972. Tous les quatre ans, un pays africain organise une grande compétition de football. Il est clair que l'échelle est différente, mais je pense que les Jeux Olympiques peuvent avoir lieu sur le continent dans un avenir pas trop lointain.